Yay releva sa visière.

« À bientôt, Gurgeh. Chamlis et moi sommes attendus chez toi après-demain, c’est bien ça ?

« Si tu veux, oui.

« Bien sûr que je le veux. »

Elle lui lança un clin d’œil et se mit à dévaler le flanc de la dune. Il la regarda s’éloigner, et la vit remettre son propre fusil à un drone de récupération qui venait à sa rencontre, avec sa cargaison de débris métalliques luisants.

Gurgeh resta quelques instants immobile, tenant toujours ses fragments d’engin désintégré. Puis il les laissa retomber dans le sable stérile.

Chapitre 2

Il humait l’odeur de la terre et des arbres autour du lac peu profond qui s’étendait sous la terrasse. C’était une nuit nuageuse et sombre ; seul un discret rougeoiement, juste au-dessus de sa tête, marquait l’endroit où la lointaine face éclairée des brillantes Plates-formes de l’Orbitale illuminait les nuages. Les vagues clapotaient dans le noir, giflant bruyamment la coque d’invisibles bateaux. Aux deux extrémités du lac clignotaient de petites lumières, là où s’étalaient les bâtiments bas de l’université. La fête formait comme une présence dans son dos, une espèce d’entité impalpable surgissant des locaux de la faculté comme le son et l’odeur du tonnerre ; musique, rires, exhalaisons de parfums, fumets et senteurs non identifiables.

Une bouffée deBleu Vif vint l’envelopper et monta à l’assaut de ses narines. Les portes ouvertes alignées derrière lui déversaient des fragrances qui, charriées par la tiédeur de l’air nocturne, apportaient avec elles une marée de sons humains et finissaient par former des filets d’air distincts, fibres échappées de la corde, chacune dotée de sa propre couleur, sa propre présence. Ces fibres lui faisaient alors l’effet de mottes de terre, d’objets à émietter entre les doigts, à absorber, à identifier.



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