« De quoi parliez-vous ? demanda Yay à Chamlis.

« De l’insatisfaction de Gurgeh.

« Et la discussion a fait avancer les choses ?

« Je n’en sais rien », reconnut le drone.

Yay récupéra ses vêtements et se rhabilla en hâte. Puis elle alla s’asseoir devant le feu et se perdit dans la contemplation des flammes tandis que le jour baissait et que les lumières de la pièce s’avivaient.

Gurgeh apporta un plateau chargé de douceurs et de boissons.


Sitôt que Yay et Gurgeh eurent mangé, tous trois jouèrent à un jeu de cartes fort complexe du genre qu’affectionnait particulièrement Gurgeh : il y fallait une certaine dose de bluff et un petit peu de chance. Ils étaient au beau milieu de la partie lorsque des amis de Yay et de Gurgeh débarquèrent ; leur aéro se posa sur une pelouse dont il eût préféré qu’elle ne remplisse pas cet usage. Agités, bruyants et précédés d’éclats de rire, ils pénétrèrent dans la pièce ; Chamlis battit en retraite dans un coin, près de la fenêtre.

Gurgeh se conduisit en hôte parfait, veillant à ce que ses invités ne manquent jamais de rafraîchissements. Il apporta un verre à Yay qui, au sein d’un petit groupe, écoutait deux personnes se disputer à propos de l’éducation.

« T’en iras-tu avec ces gens, Yay ? »

Gurgeh s’adossa au mur tendu de tapisseries et baissa le ton, de sorte que la jeune femme dut abandonner la discussion et se retourner vers lui.

« Peut-être, répondit-elle lentement. (Le feu faisait danser une lueur rouge sur son visage.) Tu vas encore me demander de rester, n’est-ce pas ? »

Elle fit tournoyer son vin dans son verre en suivant des yeux le mouvement du liquide.

« Ça, j’en doute, répondit l’autre en secouant la tête, les yeux rivés au plafond. Je me lasse vite de jouer toujours les mêmes coups et les mêmes parades.



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