
Il passa la plus grande partie du lendemain dans la piscine, au rez-de-chaussée d’Ikroh ; tout en faisant la planche, il ne cessa de dicter grâce à son terminal de poche, qui le suivait d’un bout à l’autre de la piscine en planant juste au-dessus de sa tête.
En fin d’après-midi, deux cavalières – une femme et sa fille encore enfant – sortirent de la forêt et firent halte à Ikroh. Manifestement, ni l’une ni l’autre n’avaient entendu parler de lui ; elles passaient tout simplement par là. Il les invita à prendre un verre, puis leur confectionna un déjeuner tardif ; elles attachèrent leurs hautes montures pantelantes dans l’ombre qui baignait un côté de la maison, où les drones vinrent leur donner de l’eau. Lorsqu’elles se remirent en route, il indiqua à la mère l’itinéraire comportant les plus beaux panoramas ; quant à la petite, il lui fit cadeau d’une pièce d’un jeu de Bataos richement décoré qu’elle avait admiré.
Il prit son dîner sur la terrasse ; devant lui, l’écran allumé du terminal affichait les pages d’un ancien traité barbare sur les jeux. L’ouvrage – vieux d’un millénaire à l’époque où la civilisation en question avait été Contactée, c’est-à-dire deux mille ans plus tôt – exposait des réflexions d’une profondeur bien évidemment limitée ; néanmoins, Gurgeh ne manquait jamais d’être fasciné par ce que les jeux révélaient d’une société, de son éthique, de sa philosophie, de son âme même. En outre, les sociétés barbares l’avaient toujours intrigué, même avant qu’il ne se préoccupe de leurs jeux.
