
Il hésita, bafouilla : « Je…, oui, elles m’ont paru… »
Il cherche à me mystifier, devina-t-elle, mais le vin lui brouille la cervelle. « En laissant vos gens se jouer de nous, ser Cleos, articula-t-elle froidement, vous vous êtes vous-même privé de l’immunité du négociateur. Osez me mentir, et vous irez pendre au rempart en leur compagnie. Est-ce clair ? A nouveau, je vous le demande : vous avez vu mes filles ? »
Son front s’était emperlé de sueur. « J’ai vu Sansa à la Cour, le jour où Tyrion m’a informé de ses conditions. Belle à ravir, madame. Peut-être un – un rien pâle. Les traits tirés, en quelque sorte. »
Sansa, mais pas Arya. Cela pouvait signifier n’importe quoi. Arya s’était toujours montrée plus difficile à apprivoiser. Peut-être Cersei répugnait-elle à l’afficher en pleine Cour, de peur de ce qu’elle pourrait dire ou faire. Peut-être la tenait-on recluse, à l’écart des curieux mais saine et sauve. A moins qu’on ne l’ait tuée. Elle rejeta cette idée. « Vous avez dit Tyrion et ses conditions… C’est pourtant Cersei qui exerce la régence, non ?
— Tyrion parlait en son nom à elle comme au sien propre. La reine n’était pas présente, ce jour-là. En raison, m’a-t-on dit, d’une indisposition.
— Tiens donc. » Le souvenir l’assaillit du terrible voyage à travers les montagnes de la Lune et des manigances qui avaient permis au nain de lui chiper en quelque sorte les services du reître. Deux fois trop malin, celui-là… Sans parvenir à concevoir par quel miracle, après son expulsion du Val, il avait pu en réchapper, elle n’en était pas étonnée. Il n’a pris aucune part au meurtre de Ned, en tout cas. Et il s’est porté à mon secours, lors de l’attaque des clans. Si je pouvais en croire sa parole…
Elle ouvrit ses mains pour contempler les cicatrices qui en bourrelaient les doigts. Les marques de son poignard, se rappela-t-elle.
