
En grondant, il recula à pas comptés, s’avança droit dessus, fonça derechef. Elle s’émut un peu mais, d’une claque, le rejeta en arrière. Enfermé, chuchota quelque chose. Enchaîné. La voix, il ne l’entendit pas, la piste était inodore. Les autres issues n’étaient pas moins closes. Là où s’ouvraient des portes dans les murailles de roche humaine, on se heurtait à du bois, massif et inébranlable. Il n’y avait pas de sortie.
Si, reprit le chuchotement, lui donnant l’impression qu’il distinguait la silhouette sombre d’un grand arbre tapissé d’aiguilles et qui, de biais, dix fois plus grand qu’un homme, surgissait de la terre noire. Mais lorsqu’il regarda tout autour de lui, l’illusion cessa. L’autre côté du bois sacré, le vigier, vite, vite… !
Du fond trouble de la nuit surgit, coupé court, un cri étouffé.
Vite une volte, vite un bond sous le couvert, vite vite le bruissement des feuilles mouillées sous ses pattes et les branches fustigeant sa fuite éperdue. Le halètement de son frère le talonnait. Ils plongèrent sous l’arbre-cœur et, contournant à toutes jambes l’étang glacé, se précipitèrent, droit au travers des épineux puis d’un fouillis de chênes et de frênes et d’églantiers drus, vers les confins du bois sacré… où bel et bien s’inclinait, cime pointée vers le faîte des toits, la silhouette entrevue comme une chimère. Vigier lui traversa l’esprit.
Lui revint alors la sensation de l’escalade. Partout des aiguilles, le picotis des unes sur son visage, l’intrusion des autres le long de son cou, ses mains engluées de résine, l’entêtant parfum. Et jeu d’enfant que l’escalade, penché, tordu comme était cet arbre, et si touffu que ses branches vous faisaient quasiment l’échelle, et hop, jusqu’au toit.
