
Il fit en grognant, le flairant, tout le tour du tronc, leva la patte et le marqua d’un jet d’urine. Une branche basse lui balaya le mufle, il la happa, la tortilla, tira jusqu’à ce qu’elle craque et se brise enfin. La gueule bourrée d’aiguilles et saturée d’amertume, il secoua la tête en jappant.
Campé sur son derrière, son frère éleva la voix en un ululement noir de deuil. Impasse que cette issue. Ils n’étaient ni des écureuils ni des chiots d’homme, ils ne pouvaient grimper aux arbres en se trémoussant, n’avaient ni pattes roses et flasques ni vilains petons pour s’y cramponner. Ils étaient coureurs, chasseurs, prédateurs.
Du fin fond de la nuit, par-delà la pierre qui les retenait captifs, leur parvinrent des aboiements. Les chiens se réveillaient. Un puis deux puis trois puis tous, en un concert épouvantable. Ils la sentaient à leur tour, terrifiés, l’odeur ennemie.
Une fureur désespérée l’envahit, brûlante comme la faim. Au diable le mur, il fusa s’enfouir dans le profond du bois, l’ombre des branches et du feuillage mouchetant sa fourrure grise…, et une volte soudaine le rua sur ses propres traces. Ses pieds volaient, dans un tourbillon de feuilles gluantes et d’aiguilles sèches, et, quelques secondes, il fut un chasseur, un dix-cors fuyait devant lui, qu’il voyait, sentait, poursuivit de toutes ses forces. Le fumet de panique qui lui affolait le cœur embavait ses babines, et c’est à fond de train qu’il atteignit l’arbre de travers et se jeta dessus, ses griffes labourant l’écorce au petit bonheur pour y prendre appui. Un bond vers le haut, hop, deux, trois, le menèrent, presque d’un trait, parmi la ramure inférieure. Les branches empêtraient ses pattes, cinglaient ses yeux, les aiguilles vert-de-gris s’éparpillaient pendant qu’il s’y frayait passage à coups de dents.
