
Près de la portière se dressait en sentinelle l’armure du roi ; un agencement de plates vert sapin aux jointures rehaussées d’or ; sur le heaume se déployaient d’extravagants andouillers d’or. Et tel était le poli de l’acier qu’elle se voyait réfléchie dans le corselet, se rendant regard pour regard comme du fond d’un étang glauque. Un visage de femme noyée, se dit-elle. Noyée dans le chagrin, peux-tu te le permettre ? Elle se détourna brusquement, fâchée de sa propre fragilité. S’apitoyer sur elle-même était un luxe intempestif. Elle n’avait que le loisir, et vite, de se décrasser les cheveux et d’enfiler une tenue moins indigne d’un festin de roi.
Ser Wendel Manderly, ser Perwyn Frey, Lucas Nerbosc et consorts de haut parage l’accompagnèrent au castel. Il fallait une éducation raffinée pour appeler grande la grande salle de lord Caswell, mais on finit par dénicher quelques interstices à leur intention, parmi les chevaliers liges de Renly, sur les bancs bondés, tandis que Catelyn gagnait sur l’estrade sa propre place, entre le rubicond lord Mathis Rowan et l’affable ser Jon Fossovoie, de la branche Fossovoie pomme-verte. L’un badina, l’autre s’enquit poliment des santés de père, frère, enfants.
On avait assis Brienne de Torth tout au bout de la table haute. Au lieu de s’habiller en dame, elle avait choisi des fanfreluches de chevalier, doublet de velours écartelé de rose et d’azur, braies, bottes, ceinturon joliment ouvragé ; son nouveau manteau arc-en-ciel lui flottait dans le dos.
