« Déniché des orties et fait une infusion, bredouilla Shadd. M’dame en veut-elle ?

— Oui, merci. »

Ses pauvres mains refermées autour du gobelet, elle souffla sur le breuvage pour le refroidir. Originaire de Winterfell, Shadd était l’un des vingt guerriers d’élite que Robb avait chargés d’escorter sa mère, leur adjoignant cinq seigneurs dont la haute naissance devait rehausser l’ambassade auprès de Renly. Au cours de sa marche vers le sud, la petite troupe avait eu beau se tenir au large des villes et des places fortes, les occasions de voir des bandes vêtues de maille ou de discerner l’embrasement de l’est ne lui avaient pas manqué, mais nul n’avait osé se frotter à elle. Elle ne constituait en effet ni une menace, de par sa modestie, ni une proie facile, de par son nombre. Une fois franchie la Néra, le pire se trouvait derrière. Si bien que, depuis quatre jours, tout indice de guerre avait disparu.

Cette mission, Catelyn l’accomplissait contre son gré. A Vivesaigues, elle n’avait cessé de répéter à Robb : « La dernière fois que je l’ai croisé, Renly n’était pas plus vieux que Bran. Je ne le connais pas. Envoie quelqu’un d’autre. Ma place est ici, au chevet de mon père, aussi longtemps qu’il sera en vie. »

Son fils s’était montré désemparé. « Je n’ai personne d’autre. Je ne puis y aller moi-même. Votre père est trop mal en point. Je n’ose me priver du Silure, il est mes yeux et mes oreilles. Votre frère, j’en ai besoin pour garder Vivesaigues quand nous marcherons…

— Marcherons ? » Il n’en avait jamais été question devant elle.

« Il m’est impossible d’attendre ici que la paix se conclue. J’aurais l’air d’avoir peur de me remettre en campagne. Et je me rappelle les mots de Père : “Lorsqu’il n’y a pas de batailles à livrer, le soldat se met à rêver moisson et coin du feu.” Mes gens du Nord eux-mêmes s’impatientent de plus en plus. »



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