— Ciel ! s’étrangla Cullis. Je suis aveugle ?

Le jeune homme leva la main et déplaça le cache.

— Pardon. Je me suis trompé d’œil.

— Voilà qui est mieux. (L’homme se redressa et prit une profonde inspiration.) Où sont-ils, ces chiens ? fit-il d’une voix encore un peu traînante, de celles qui donnent envie de se racler la gorge.

— Je ne les vois pas. Probable qu’ils sont encore en dehors. L’averse d’hier plaque la poussière au sol.

Le jeune homme déposa un second fusil dans les bras de Cullis.

— Les chiens !

— Mais oui, Cullis.

Deux ou trois boîtes de munitions vinrent rejoindre les armes nichées au creux de ses bras.

— Les chiens puants !

— C’est ça, Cullis.

— Les… Hmm, tu sais quoi ? Je boirais bien quelque chose.

Cullis vacilla. Il baissa les yeux sur les armes qu’il tenait dans ses bras, l’air de se demander comment elles avaient bien pu arriver jusque-là.

Le jeune homme tourna les talons dans l’intention d’aller extraire d’autres armes du tas, mais se ravisa en entendant derrière lui un grand fracas.

— Merde, grommela Cullis.

Il était à terre.

Le jeune homme se dirigea vers le buffet aux bouteilles, en prit autant de pleines qu’il put en trouver et rejoignit Cullis, lequel ronflait paisiblement sous une pile de fusils, de boîtes et de ceinturons, sans compter les restes fracassés d’une chaise d’apparat. Il brossa les vêtements de son compagnon pour les débarrasser des débris qui l’encombraient, défit deux boutons de son habit de maréchal, et glissa les bouteilles entre veste et chemise.



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