Cullis ouvrit un œil et le regarda faire un instant.

— Tu disais qu’il était quelle heure ?

L’autre reboutonna la veste de Cullis jusqu’au milieu du torse.

— L’heure d’y aller, à mon avis.

— Hmm… Ça me va. Tu le sais mieux que moi, Zakalwe.

Sur ce, il referma son œil.

Le jeune homme que Cullis avait appelé Zakalwe marcha prestement jusqu’à un bout de la grande table, où était étendue une couverture relativement propre. Là reposait une arme de taille et d’aspect impressionnants ; il s’en empara et revint vers la silhouette massive qui ronflait sur le sol et qui n’avait, elle, rien de bien impressionnant. Il saisit son compagnon par le col et partit à reculons vers la porte du fond en traînant Cullis à sa suite. Il marqua un arrêt pour ramasser le sac taché de graisse contenant le matériel qu’il avait trié un peu plus tôt, et le passer à son épaule.

Il avait traîné Cullis sur la moitié du chemin lorsque ce dernier s’éveilla et, de son unique œil valide, leva sur lui un regard voilé.

— Hé !

— Quoi donc, Cullis ? grogna-t-il en lui faisant faire encore un ou deux mètres sur le sol.

L’autre embrassa du regard la grande salle blanche dont il voyait défiler les murs.

— Tu crois encore qu’ils vont bombarder le palais ?

Le jeune homme acquiesça sans desserrer les lèvres. L’autre secoua la tête.

— Bah ! Ils ne feront jamais ça.

— La riposte ne va pas tarder, marmonna le jeune homme en regardant autour de lui.

Cependant, comme ils atteignaient les portes, que Zakalwe ouvrit d’un coup de pied, seul le silence lui répondit. Les marches menant à l’entrée de service puis à la cour étaient en marbre vert brillant, avec une arête en agate. Il entama péniblement sa descente dans un tintement de matériel et de bouteilles entrechoquées. Le fusil rebondissait contre son corps et, degré après degré, il continuait à traîner Cullis dont les talons heurtaient et raclaient le sol au passage.



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