
Les nuages de poussière soulevés par le bombardement dérivaient le long des façades ; les rayons du soleil découpaient une vaste forme triangulaire dans le chaos de la cour, bordant l’ombre de lumière.
— Je pensais sincèrement qu’ils attaqueraient les bâtiments du parlement, fit Cullis d’une voix douce en contemplant l’épave enflammée d’un camion de l’autre côté de la cour.
— Eh bien, tu t’es trompé.
Il assena un nouveau coup de poing sur le démarreur en accompagnant son geste d’un grand cri.
— Tu avais raison, soupira Cullis en prenant un air perplexe. Qu’est-ce qu’on avait parié, déjà ?
— On s’en fout ! rugit l’autre en lançant un coup de pied sous le tableau de bord.
Le moteur du half-track toussa, puis démarra enfin.
Cullis secoua la tête pour se débarrasser des débris de faïence pris dans ses cheveux pendant que son camarade attachait son casque et lui en tendait un second. Cullis le prit avec soulagement et entreprit de s’éventer le visage avec, en se donnant de petites tapes sur la poitrine dans la région du cœur, comme pour encourager ce dernier.
Puis il retira sa main et fixa d’un air incrédule le liquide tiède et rouge dont elle était enduite.
Le moteur se tut. Cullis entendit son compagnon hurler des injures à pleins poumons et marteler une nouvelle fois le démarreur ; le moteur toussa et crachota, sur fond de stridulations d’obus.
Cullis regarda le siège sur lequel il était assis tandis que retentissaient d’autres explosions, au loin, dans la poussière.
Sous lui, le siège était tout rouge.
— Médic ! hurla-t-il.
— Quoi ?
— Médic ! (Son cri coïncida avec une autre détonation. Il tendit devant lui sa main barbouillée de rouge.) Zakalwe ! Je suis touché ! (Son œil valide était écarquillé par la panique. Sa main tremblait.)
