C’est ici qu’intervient Circonstances Spéciales, une branche de Contact.

Comme son nom l’indique, Contact est chargé par la grande société galactique d’observer et d’évaluer les sociétés qu’elle rencontre dans son expansion. Dans bien des cas, Contact se contente de les étudier, d’archiver quelques milliards de notes, et de les laisser provisoirement à leurs avenirs incertains. Mais dans certains cas, Contact décide qu’il y a quelque chose à faire, ou qu’il faut absolument faire quelque chose. Il faut aller au charbon. C’est le rôle de Circonstances Spéciales. Un rôle nécessairement cynique comme le savent tous ceux qui se sont occupés de politique ou de diplomatie discrète.

Bien entendu les ressortissants directs de la Culture, même membres de Circonstances Spéciales, ne réussiraient pas à tenir en personne le rôle de chefs de guerre, de politiciens, d’assassins, voire de tortionnaires, qui est le lot de ceux qui pèsent directement sur le cours de l’histoire. Leur esthétisme moral ne le leur permettrait pas. Il leur faut donc des délégués, voire des marionnettes. Ces agents, aussi spéciaux que les Circonstances, sont prélevés discrètement là où il faut, améliorés, entraînés, équipés, rémunérés. À eux les sales besognes et, du reste, ils n’y rechignent pas.

Bien que la Culture et en tout cas ses membres relativement peu nombreux qui s’intéressent à la question admettent que de tout ce mal doit sortir ultérieurement un plus grand bien, il y a là une source de malaise. La bonne conscience universelle de la Culture souffre de mauvaise conscience persistante. Certes, raisonnent les citoyens concernés de la Culture, on ne peut pas souffrir qu’un mal perdure dès que l’on sait qu’il existe et qu’on ne peut plus choisir de l’ignorer, de faire comme s’il n’avait jamais existé, comme si on ne l’avait jamais découvert.



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