Les antiques machines brillantes se dressaient, silencieuses, parmi la foule d’invités bavards vêtus de couleurs gaies ; dans l’espace réverbérant qui s’ouvrait au-dessus d’elles régnait la musique. Elle s’inclina avec grâce en souriant à un amiral qui passait par là, et fit tourner dans ses mains une délicate fleur noire dont elle porta les pétales à son nez afin de mieux s’imprégner de son parfum entêtant.

Deux des hralzs qui l’accompagnaient se dressèrent en jappant ; leurs pattes avant cherchèrent une prise sur le tissu lisse de sa robe de soirée, leurs museaux luisants levés vers la fleur. Elle se pencha et, du bout de celle-ci, tapota légèrement le nez des bêtes, qui retombèrent avec souplesse sur leurs pattes en éternuant et en secouant la tête. Autour d’elle, les gens se mirent à rire. Elle se courba, et sa robe se gonfla ; elle fourragea des deux mains dans le pelage d’un des animaux puis secoua ses grandes oreilles, et leva la tête à l’approche du majordome qui, l’air déférent, se frayait un chemin parmi le petit groupe qui s’était formé autour d’elle.

— De quoi s’agit-il, Maikril ? s’enquit-elle.

— C’est le photographe du System Times, l’informa doucement le majordome.

Comme elle se relevait, lui-même se redressa afin que son menton parvienne au niveau des épaules nues de la jeune femme.

— Il s’avoue donc vaincu ? sourit-elle.

— C’est ce qu’il me semble, madame. Il demande audience.

Elle rit.

— Comme c’est bien formulé. Combien en avons-nous obtenu, cette fois ?

Le majordome se rapprocha un peu en jetant un regard inquiet à l’un des hralzs, qui lui montrait les dents en grondant.

— Trente-deux caméras, madame ; plus de cent appareils photos.



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