
Avec des mines de conspirateur, elle colla sa bouche contre l’oreille du majordome et dit :
— Sans compter ce que nous avons trouvé sur nos invités.
— C’est juste, madame.
— Je recevrai donc cette personne… Homme ou femme ?
— Homme, madame.
— Je le recevrai, donc, mais plus tard. Dites-lui qu’il attende dix minutes, et venez me le rappeler dans vingt. Ce sera dans l’atrium ouest.
Elle jeta un regard à son unique bracelet de platine. Reconnaissant sa rétine, un minuscule projecteur travesti en émeraude afficha brièvement un plan holo de l’ancienne centrale électrique, en deux cônes de lumière visant directement ses yeux.
— Bien, madame, répondit Maikril.
Elle effleura son bras et reprit :
— On se dirige vers l’arboretum, d’accord ?
Le majordome hocha imperceptiblement la tête en signe qu’il avait entendu. Elle se retourna à regret vers sa petite cour, les mains jointes comme pour implorer leur pardon.
— Je suis navrée. Voulez-vous bien m’excuser un instant ?
Elle inclina la tête sur le côté en souriant.
— Salut ! Bonjour ! Coucou ! Ça va ?
Ils traversèrent rapidement la foule des invités, dépassèrent les arcs-en-ciel grisâtres des geysers à drogues ainsi que les vasques clapotantes des fontaines à vin. Elle ouvrait la marche et avançait du pas vif que lui permettaient ses longues jambes, tandis que le majordome s’efforçait de suivre. Elle répondait d’un geste à ceux qui la saluaient : il y avait des ministres en exercice accompagnés de leur ombre, des dignitaires et des attachés étrangers, des stars des médias de toutes confessions, des révolutionnaires et des officiers de marine, des capitaines d’industrie et des rois du commerce suivis de leurs actionnaires, d’une richesse encore plus extravagante. Les hralzs claquaient des mâchoires sans grande conviction sur les talons du majordome ; gauches quand leurs griffes dérapaient sur le sol de mica poli, ils faisaient un bond en avant lorsqu’ils rencontraient un des nombreux tapis sans prix jetés çà et là dans la salle des turbines.
