
Au-delà, les citoyens de la Culture, ceux en tout cas en qui il est demeuré quelque chose d’atavique, d’inquiétant, d’indomptable, désirent plus que tout rejoindre une variété de la réalité, fût-elle synonyme de maladie, de souffrance, de mort prématurée. La perfection est l’ennemie du désir, et l’habitude de la jouissance. Alors, l’utopie de l’utopie, cela devient notre terrible quotidien, ainsi dans L’État des arts, une longue et splendide nouvelle de Iain M. Banks où vous retrouverez deux de vos civilisations préférées, la leur et la vôtre
Cette double malédiction, souffrir de traiter le mal par le mal et s’abandonner à la séduction du mal et de la souffrance, représente-t-elle le sort de toute société idéale, ou du moins de toute assez bonne société ? À lire Banks qui est là-dessus assez convaincant, on serait tenté de le penser. Une idée me vient. C’est que la Culture a absolument besoin de cet environnement à ses yeux pervers qu’elle s’efforce inlassablement de réduire. C’est sa dernière justification, son ultime ouverture sur la résistance du réel. Si elle parvient à faire régner sa bienveillance confite sur tout l’univers, elle cessera d’être un idéal, ne sera plus, au sens strict, qu’un reflet d’elle-même, mort-vivant. Ainsi Iain M. Banks nous invite peut-être à une réflexion surprenante sur la nécessité du mal.
