
— De quel sang pur parles-tu ? dit-il.
Il posa une main sur la grande table et passa l’autre sur le dessus de sa tête, comme pour peigner de ses doigts une longue et épaisse chevelure, alors qu’il avait en réalité le crâne rasé.
— Hein ? fit la voix, qui semblait venir de dessous la table à côté de laquelle le jeune homme avait pris place.
— Quels liens as-tu jamais eus avec l’aristocratie, vieil ivrogne ?
Le jeune homme se frotta les yeux de ses poings, puis, ouvrant les mains, massa le reste de son visage.
Il y eut un silence prolongé.
— Eh bien, un jour, j’ai été mordu par une princesse.
Le jeune homme leva les yeux au plafond aux poutres apparentes et émit un reniflement.
— Preuve insuffisante.
Il se leva et ressortit sur le balcon. Là, il s’empara d’une paire de jumelles posées sur la balustrade et les porta à ses yeux. Il fit entendre un claquement de langue désapprobateur puis, d’un pas mal assuré, revint vers les portes-fenêtres prendre appui contre le chambranle afin de stabiliser l’instrument. Ensuite il s’acharna sur la mise au point, puis secoua la tête et reposa l’instrument sur le balcon avant de croiser les bras et, adossé au mur, de reporter son regard sur la cité.
La cité recuite ; toitures brunes et pignons inégaux, tels des croûtes et des quignons de pain ; et la poussière, comme de la farine.
Alors, en un instant, sous l’impact de la réminiscence, le panorama qui miroitait devant lui vira au gris puis au noir, et il se remémora d’autres citadelles (le village de toile condamné, sur le champ de manœuvres, sous ses vitres qui tremblaient ; la jeune fille – à présent défunte – pelotonnée dans un fauteuil, au cœur d’une tour du Palais d’Hiver). Il frissonna malgré la chaleur et repoussa ces souvenirs.
— Et toi ?
Le jeune homme regarda vers l’intérieur de la pièce.
