Le jeune homme debout sur le balcon se détourna du panorama de la ville et rentra dans la grande salle d’un pas légèrement chancelant. Elle était fraîche et pleine d’échos. Le sol en était tapissé d’une mosaïque millénaire recouverte en des temps plus récents d’un placage transparent à l’épreuve des éraflures chargé de protéger les petits morceaux de céramique. Au centre de la salle se dressait une lourde table de banquet délicatement sculptée autour de laquelle s’alignaient des chaises. Contre les murs étaient éparpillés çà et là des tables plus petites, puis d’autres chaises, commodes basses et hauts buffets, tous taillés dans le même bois massif et sombre.

Certains murs s’ornaient de fresques, défraîchies mais toujours impressionnantes, qui représentaient pour la plupart des champs de bataille ; d’autres cloisons, peintes en blanc, supportaient d’énormes mandalas formés d’armes anciennes : par centaines, lances, couteaux, épées, boucliers, piques, masses, bolas et flèches formaient de gigantesques volutes de lames piquetées évoquant les débris d’une explosion inconcevablement symétrique. Des armes à feu rongées par la rouille pointaient l’une vers l’autre d’un air important au-dessus de cheminées condamnées.

On voyait également aux murs un ou deux tableaux aux couleurs passées ainsi que quelques tapisseries effrangées, mais il y aurait eu la place d’en accrocher beaucoup d’autres. De hautes fenêtres triangulaires aux vitres colorées jetaient des coins de lumière sur la mosaïque et les boiseries. Les murs de pierre blanche s’achevaient au faîte par des piliers rouges supportant de colossales poutres de bois noir, qui se rejoignaient sur toute la longueur de la salle comme une tente géante formée de doigts anguleux.

Le jeune homme redressa d’un coup de pied un fauteuil ancien et s’y laissa tomber.



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