Shôren et Bariol leur emboîtèrent d’abord le pas, mais la démarche languissante du vieillard ne tarda pas à impatienter la petite qui fusa de l’avant, suivie du fou, clopin-clopant, dont les carillons faisaient un vacarme insensé.

Qu’inhospitaliers aux faibles soient les châteaux, Cressen avait tout lieu de s’en souvenir dans l’escalier scabreux qui conduisait au bas de la tour Mervouivre. Lord Stannis, il le trouverait à la chambre de la Table peinte, tout en haut du donjon central à qui son étourdissante capacité de résonance durant les orages avait valu le nom de tour Tambour. D’ici là, il lui faudrait emprunter la galerie, franchir les portes de fer noir de l’enceinte médiane puis de l’enceinte intérieure, sous l’œil des gargouilles qui les gardaient, gravir tant et tant de marches que mieux valait n’y point songer. Si les jeunes gens les grimpaient quatre à quatre, chacune était un martyre pour les méchantes hanches d’un vieillard. Mais comme lord Stannis ne se souciait pas d’aller à lui, force était au mestre de se résigner. Du moins avait-il Pylos pour lui alléger le supplice, et il en rendait grâces aux dieux.

L’interminable galerie qu’ils suivaient, cahin-caha, passait devant une série de hautes baies cintrées d’où l’on jouissait d’une vue plongeante sur la courtine extérieure, la braie et, au-delà, les maisons de pêcheurs. Dans la cour, les cris : « Coche ! bande ! tir ! » rythmaient l’exercice à la cible, et les volées de flèches émettaient des froufrous de plumes affolées. Des gardes arpentaient les chemins de ronde et, de gargouille en gargouille, jetaient un œil sur l’armée qui campait dehors.



10 из 356