
« Ce pauvre diable souffre, il est dément, ne peut être utile à personne et surtout pas à lui. » Tel fut à l’époque l’avis du vieux ser Harbert, gouverneur d’Accalmie. « Le meilleur service à lui rendre est d’emplir sa coupe de lait de pavot. Un sommeil paisible, et c’en sera fini. Il vous en bénirait, s’il était conscient. » Mais Cressen refusa tout net et finit par imposer son point de vue. Amère victoire… Bariol en avait-il éprouvé la moindre joie ? Impossible de l’affirmer, même aujourd’hui, tant d’années après.
« Les ombres entrent, messire, dans la danse, messire danse, danse messire », persistait à chanter le fou, ponctuant chaque mot d’un branle de tête qui vous fracassait les oreilles. Dong dong din drelin ding dong.
« Sire,piailla le corbeau blanc, sire, sire, sire. »
« Les fous chantent à leur gré, soupira le mestre et, dans l’espoir d’apaiser la princesse : Ne prends pas à cœur ses paroles, il ne faut pas. Peut-être, demain, se souviendra-t-il d’une autre chanson, tu n’entendras plus celle-ci. »II chante en quatre langues d’une jolie voix, disait la lettre de lord Steffon…
Pylos entra en trombe. « Daignez me pardonner, mestre.
— Tu as oublié mon gruau… ! » s’amusa Cressen. Une incongruité, de la part de Pylos.
« Ser Davos est revenu durant la nuit, mestre. Toute la cuisine en parlait. J’ai pensé que vous seriez aise d’en être informé sur-le-champ.
— Davos…, cette nuit, dis-tu ? Où est-il ?
— Chez le roi. Ils ont quasiment passé la nuit ensemble. »
Révolu, le temps où lord Stannis aurait fait réveiller Cressen, quelque heure qu’il fut, pour s’assurer de ses conseils. « On aurait dû m’avertir, maugréa-t-il. On aurait dû m’éveiller. » Il se libéra des doigts de Shôren. « Pardon, dame, je dois aller m’entretenir avec votre seigneur père. Pylos, ton bras. Bien qu’il y ait déjà par trop de marches dans le château, il me semble que, chaque nuit, on en rajoute quelques-unes, à seule fin de m’humilier. »
