— Eh bien, là…, certains m’ont bercé de cajoleries, certains rebuté tout court, certains régalé de regrets, certains de promesses, certains se sont contentés de mentir. » Il haussa les épaules. « En définitive, des mots, du vent.

— Ainsi n’aviez-vous aucun espoir à lui rapporter ?

— Que des fallacieux, et je n’avais garde, répondit Davos. Je lui ai dit la vérité. »

Ces seuls mots remémorèrent à mestre Cressen toutes les circonstances de l’adoubement de Davos… Malgré sa maigre garnison, lord Stannis soutient le siège d’Accalmie depuis près d’un an contre les forces conjuguées des lords Tyrell et Redwyne, et ce quoique la mer aussi lui soit interdite, car les galères de La Treille croisent à l’affût, jour et nuit, sous pavillon pourpre ; dans la place, où l’on a dès longtemps mangé chevaux, chiens et chats, les défenseurs en sont réduits à  se nourrir de racines et de rats ; survient une nuit de nouvelle lime où, de noires nuées voilant les étoiles, Davos le contrebandier ose dans les ténèbres braver le blocus, ainsi que la baie périlleuse des Naufrageurs. Noir de coque et de rames et de voiles se faufile son cotre, la soute emplie d’oignons et de poisson salé. Piètre cargaison, certes, mais suffisante pour survivre jusqu’à l’arrivée du libérateur, Eddard Stark.

Pour sa peine, Davos reçoit de Stannis, outre des terres de premier choix dans le cap de l’Ire, un petit fort et les honneurs de la chevalerie…, la récompense méritée par des années de contrebande : l’amputation de quatre phalanges de la main gauche.



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