
Non, se dit Cressen, un homme de cette trempe ne donnait pas de faux espoirs, il assenait crûment la rude vérité. « Breuvage amer que la vérité, ser Davos, même pour un lord Stannis. Son idée fixe est de regagner Port-Réal en possession de toute sa puissance, de tailler en pièces ses ennemis et de réclamer son dû légitime. Or, à présent…
— S’il s’y rend avec ces trois milliers d’hommes, ce ne sera que pour mourir. Il n’a pas l’avantage du nombre. Je me suis acharné à l’en avertir, mais vous connaissez son orgueil. » Davos brandit sa main gantée. « Les doigts me repousseront avant qu’il ne fléchisse devant l’évidence. »
Le vieillard soupira. « Vous avez fait votre possible. A moi, maintenant, de joindre ma voix à la vôtre. » D’un pas lourd, il reprit son ascension.
Le repaire de lord Stannis Baratheon était une vaste pièce ronde aux murs de pierre noire et nue que perçaient quatre espèces de meurtrières orientées vers les points cardinaux. Au centre se dressait la grande table à laquelle il devait son nom : une énorme bille de bois ciselée sur ordre d’Aegon Targaryen avant la Conquête. Longue de plus de cinquante pieds, large de quelque vingt-cinq dans sa plus grande largeur, elle n’en avait pas quatre en son point le plus étroit. Les ébénistes du roi l’avaient en effet façonnée d’après la carte de Westeros, y découpant si précisément chaque golfe, chaque péninsule qu’elle ne comportait en définitive aucune ligne droite. Quant au plateau, noirci par près de trois siècles de vernis, les peintres y avaient représenté les Sept Couronnes dans leur état d’alors, avec leurs fleuves et leurs montagnes, leurs villes, leurs châteaux, leurs lacs et leurs forêts.
