Le seul siège que comportât la pièce se trouvait très précisément installé devant le point qu’au large des côtes de Westeros occupait Peyredragon, et on l’avait surélevé pour jouir d’une vue cavalière globale. S’y tenait, étroitement corseté de cuir et culotté de bure brune, un homme à qui l’irruption de mestre Cressen fit lever les yeux. « Je savais que tu viendrais, vieux, que je t’appelle ou non. » Nulle aménité dans sa voix. Une denrée rare en toute occurrence.

En dépit de sa large carrure et de ses membres musculeux, Stannis Baratheon, sire de Peyredragon et, par la grâce des dieux, légitime héritier du Trône de Fer des Sept Couronnes de Westeros, avait une rigidité de chair et de physionomie qui évoquait invinciblement les cuirs mégissés au soleil jusqu’à devenir coriaces comme acier. Dur était le qualificatif que lui appliquaient ses hommes, et dur il était. Bien qu’il n’eût pas trente-cinq ans révolus, seul lui demeurait un tour de fins cheveux noirs qui, derrière les oreilles, lui cerclait le crâne comme l’ombre d’une couronne. Son frère, le feu roi Robert, s’était laissé vers la fin de sa vie pousser une barbe dont, sans l’avoir jamais vue, Cressen savait par ouï-dire que c’était une rude chose, hirsute et drue. Comme en réplique, Stannis portait des favoris taillés strict et court qui, telle une ombre bleu-noir, barraient ses pommettes osseuses et sa mâchoire carrée. D’un bleu sombre comme mer nocturne, ses yeux vous faisaient, sous d’épais sourcils, l’effet de plaies ouvertes. Sa bouche avait de quoi désespérer le fou le plus comique ; réduite si un fil exsangue et crispé, cette bouche taillée pour la menace, la réprobation, le laconisme et les ordres secs avait oublié le sourire et toujours ignoré le rire. Parfois, la nuit, lorsque l’univers redoublait de silence et de calme, mestre Cressen se figurait entendre lord Stannis, au cœur de la forteresse, grincer des dents.



15 из 356