« Sire…,répéta ce dernier d’un ton aigre. C’est te ficher de moi que me régaler de ce style royal. Sur quoi régné-je ? Peyredragon et quelques écueils du détroit, voilà mon royaume. » Dévalant de son siège, il vint se camper devant la table où son ombre barra l’embouchure de la Néra et les forêts peintes qu’avait supplantées Port-Réal. Et il couvait du regard, là, debout, le royaume qu’il entendait revendiquer, ce royaume à portée de main qui se trouvait au diable. « Ce soir, je dois souper avec mes bannerets – ce qui m’en tient lieu. Celtigar, Velaryon, Bar Emmon, enfin toute cette pitoyable clique. Du petit bétail, pour ne rien celer, les rogatons, bref, qu’ont daigné me laisser mes frères. Sladhor Saan, le pirate de Lys, m’y harcèlera de sa dernière ardloise, tandis que Morosh de Myr m’assommera en me chapitrant sur les tempêtes et les marées d’automne, et que ce cagot de lord Solverre me marmottera la volonté des Sept. Celtigar voudra savoir quels seigneurs de l’orage se joignent à nous. Velaryon menacera de plier armes et bagages si nous ne frappons tout de suite. Que leur répondre ? Que faire, maintenant ?

— Vos véritables ennemis sont les Lannister, messire, opina Cressen. Si vous et votre frère faisiez cause commune contre eux…

— Je ne traiterai pas avec Renly, rétorqua Stannis d’un ton à interdire toute discussion. Aussi longtemps qu’il usurpera le titre de roi.

— Pas de Renly, alors », concéda le mestre. Il le savait aussi têtu qu’orgueilleux et, une fois résolu, incapable de la moindre concession. « D’autres seraient aussi à même de vous seconder. Depuis qu’on l’a proclamé roi du Nord, le fils d’Eddard Stark dispose des forces conjointes de Winterfell et de Vivesaigues.

— Un godelureau, lâcha Stannis, et un faux roi de plus. Me faut-il accepter l’éclatement du royaume ?

— Un demi-royaume vaut à coup sûr mieux qu’aucun, suggéra Cressen, et si vous aidez le garçon à venger le meurtre de son père…



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