
— Pourquoi devrais-je venger Eddard Stark ? Il ne m’était rien. Oh, certes, Robert l’aimait. L’aimait comme un frère, combien de fois l’ai je entendue, cette rengaine ? Son frère était moi, pas Ned Stark, mais qui l’eût cru, vu la manière dont il me traitait ? Pendant que je tenais Accalmie pour lui et regardais mes braves crever de faim, Mace Tyrell et Paxter Redwyne se gobergeaient sous mon nez. M’en remercia-t-il ? Nenni. C’est Stark qu’il remercia pour avoir fait lever le siège, alors que nous grignotions, nous, des racines et des rats. Sur les ordres de Robert, j’armai une flotte et, en son nom, m’emparai de Peyredragon. Me prit-il la main en disant : Bravo, mon frère, que pourrais-je faire sans toi ? Nenni. Il me blâma de m’être laissé filouter Viserys et sa nouveau-née de sœur par Willem Darry – comme si l’avais pu l’en empêcher. J’ai siégé à son Conseil quinze ans durant, aidé Jon Arryn à gouverner le royaume pendant que Robert courait la pute et se soûlait, mon frère me nomma-t-il sa Main ? Nenni. Il partit au triple galop retrouver son bien-aimé Ned Stark et lui en décerna l’honneur. Dont leur advint à tous deux grand bien.
— Soit, messire, convint Cressen par diplomatie. On vous a repu de couleuvres, mais poussière que le passé. Une alliance avec les Stark peut vous assurer l’avenir. Vous pourriez du reste en sonder d’autres. Lady Arryn, par exemple. Si la reine a assassiné son mari, sûrement brûle-t-elle d’en obtenir réparation. Elle a un fils, l’héritier du Val. Des fiançailles avec Shôren…
— Il est débile, égrotant, objecta Stannis. En me priant de le prendre pour pupille à Peyredragon, son père lui-même en était conscient. Le service de page aurait pu améliorer son état, la maudite Lannister a tout flanqué par terre en faisant empoisonner lord Arryn et, maintenant, la Lysa nous embusque le môme aux Eyrié. Jamais, je t’en fiche mon billet, jamais elle ne se séparera de lui.
