Cette fois, L’Os n’eut pas besoin qu’on le presse. Il courut, restant au niveau de ses amis. Les flammes rugirent derrière lui.

« Fourgon ! cria Deacon. Là ! »

Un long et pesant convoi de marchandises sortait tout juste du dépôt. Les vigiles et les flics du chemin de fer s’étaient tous rassemblés près du camp des vagabonds, la porte du wagon béait comme une dent cassée. Ils y coururent tous trois, Deacon tenant son épaule blessée. Mais avant qu’ils atteignent le train, un jaune sortit de l’ombre du fossé, un fusil à la main.

Deacon et Archie tombèrent à genoux. L’Os n’y pensa pas une seconde. Délibérément, il laissa son inertie le porter en avant tandis que le flic levait son arme : il fut plus rapide que celui-ci et put plonger sous la ligne de mire avant que les gros canons jumeaux entrent en éruption dans la nuit. Puis sa large main osseuse se posa sur le visage du flic qu’elle tordit en arrière, brisant les vertèbres, et le jaune tomba à la renverse dans l’eau écumeuse, mort avant que l’idée de la mort ne puisse pénétrer son esprit.

Deacon aida L’Os à grimper à bord. Il y avait un peu de paille dans les coins, ainsi qu’une odeur de bétail. L’Os pensa avec tristesse qu’ils auraient à nouveau froid cette nuit-là, ce qui n’avait toutefois pas vraiment d’importance pour l’instant.

Tandis que le train prenait de la vitesse, Deacon se retourna pour regarder le corps du jaune.

« Il est clamsé, s’émerveilla-t-il. Nom d’un petit Jésus, Archie, tu avais raison. »

Sans rien dire, Archie regarda L’Os de ses yeux caverneux.

Ils firent glisser la portière en position fermée tandis que le train accélérait dans la nuit.

Soutenant toujours son bras gauche, Deacon donna une claque dans le dos de L’Os.

« Reste avec nous, gamin, dit-il. Reste avec ces bons vieux Deacon et Archie. »



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