Penney et le restaurant Times Square, tous trois dotés d’une façade poussiéreuse en brique jaune ; il y avait aussi le tramway qui, sur ses rails enchâssés dans le sol, reliait la gare de triage au bout de L’Éperon aux silos plus loin au sud. Tout le monde convenait qu’il s’agissait là d’équipements dignes d’une ville. On les avait, par le passé, considérés comme annonciateurs de réalisations plus ambitieuses.

Mais Haute Montagne restait un village par son habile culture d’érables négondos et de chênes à gros glands, par ses rues transversales où le bitume ne tardait pas à céder la place aux pavés ou à la terre battue, par ses maisons à bardeaux, pignons, hautes lucarnes et grandes galeries couvertes sur le devant, galeries à l’ombre si tentante quand le plein été se répandait comme du métal liquide sur l’agglomération. C’était un village en vertu de son silence à midi et minuit, en vertu aussi des distances parcourues par les grands trains avant d’entrer en gare en sifflant. Les vastes espaces des grandes prairies avaient fait du village une île, isolée, fière de cet isolement, à l’écart du chaos qui se répandait depuis peu dans l’ensemble du pays.

Mais le village ne se trouvait pas vraiment en sécurité, pas davantage que New York, Los Angeles ou Chicago, et peut-être ce fait méconnu rendait-il son déclin d’autant plus exaspérant. Si Haute Montagne (« là où le chemin de fer retrouve les champs de blé ») avait pu autrefois vouloir devenir une ville, cette ambition avait toutefois disparu – ou du moins été mise à l’écart, comme le trousseau d’une jeune fille destinée à rester célibataire – dans la Grande Dépression arrivée comme un mauvais rhume et demeurée pour devenir encore pire, une maladie persistante voire fatale.



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