
Il devina les intentions du souverain et décida donc d'accomplir cet acte de désobéissance, presque une rébellion. Il fit copie des « feuilles séparées » soustraites aux juges de la Chambre ardente. Et il me les communiqua aux premiers jours du mois de janvier 1709, alors que les sujets du Roi grelottaient, mouraient de froid et de disette, s'ameutaient pour attaquer les rares convois de grain.
Nicolas Gabriel de La Reynie était alors un vieillard de quatre-vingt-quatre ans, toujours vigoureux et actif. Mais ce fils d'un conseiller du Roi, cet ancien lieutenant de Guyenne, peut-être habité en son grand âge par le besoin de mettre sa vie en harmonie avec sa foi avant de paraître devant Dieu, voulait laisser témoignage de cet « envers des choses » que Louis XIV désirait au contraire dissimuler à jamais. La Reynie me communiqua ainsi les copies des documents de la Chambre ardente comme on transmet, en confession, le secret d'une vie.
Et je lui prêtai serment de n'en point faire état avant sa mort.
J'ai tenu ma promesse, je peux aujourd'hui, Illustrissimes Seigneuries, vous faire parvenir cette Relation particulière afin que, dans Votre Sagesse, vous jugiez de l'usage qu'il convient d'en faire.
Peut-être serait-il bien que les rois de France sachent qu'il n'existe pas de secret qui ne puisse être dévoilé ?
III.
« Les enfants donnés au diable »
Je dois, Illustrissimes Seigneuries, ajouter quelques souvenirs et mon témoignage à la Relation particulière que j'ai élaborée à partir des copies de documents que m'a remises Nicolas Gabriel de La Reynie.
