
Au cours des nombreuses conversations que nous avons eues au fil des années, le lieutenant général de police, sans rien me révéler, m'a fait comprendre qu'il découvrait chaque jour de multiples ramifications à ce qu'il avait cru n'être d'abord qu'une sordide affaire de poisons.
La voix grave, la tête baissée, comme accablé, il me répétait qu'il s'agissait d'une entreprise criminelle qui menaçait le royaume.
Mais il ne répondait à aucune des questions que je lui posais.
S'agissait-il d'un complot, d'une cabale visant le Roi, comme le pays en avait connu au temps des guerres de Religion et durant la Fronde ?
Il soupirait, parlait de sacrilèges, quelquefois aussi de crimes de lèse-majesté.
Mais quand je l'interrogeais, lui demandant si l'on avait voulu tuer le Roi, il s'exclamait avec une sorte d'effroi dans la voix :
– Ne dites jamais cela ! Prononcer de tels mots, Visconti, c'est déjà attenter à la personne du Roi, et vous savez qu'elle est sacrée !
J'avais constaté pourtant qu'en ces années-là, autour de 1680, alors que jamais la puissance du Roi et sa gloire n'avaient été aussi grandes et aussi rayonnantes, l'atmosphère à la Cour était sombre, comme si chaque courtisan, plus encore qu'à l'accoutumée, restait sur ses gardes, veillant à ne jamais parler à proximité de l'un de ces innombrables laquais dont on savait qu'ils avaient pour mission de recueillir tous les propos et de les rapporter.
Mais certains me chuchotaient qu'il y avait des « faits particuliers » dans ces affaires d'empoisonnements, et ils ajoutaient qu'il fallait renvoyer cette Chambre ardente, sans jamais me préciser cependant ce qu'ils entendaient au juste par « faits particuliers ».
Illustrissimes Seigneuries, vous les découvrirez dans cette Relation particulière.
Nicolas Gabriel de La Reynie paraissait ne pas comprendre, quand je lui rapportais ces propos des courtisans.
