Ce dernier, un avocat du nom de Faurie, s'était lassé de la jeune femme et avait décidé de la chasser de son lit.

Avec l'aide d'un prêtre, l'abbé Nail, la demoiselle avait fait croire qu'elle s'était mariée avec l'avocat, qu'il lui avait légué tous ses biens, puis elle avait empoisonné le vieil amant, s'emparant ainsi de sa fortune.

La famille du défunt l'avait démasquée.

Mais cette demoiselle, qu'était-elle d'autre sinon une criminelle sordide usant à sa manière d'une « poudre de succession » comme tant d'autres l'avaient fait avant elle ?

Qu'est-ce qui permettait à La Reynie d'affirmer qu'elle était à l'origine de cette « mode des crimes » par le poison ?

Lorsqu'elle a gravi les marches de l'échafaud à la lueur des torches, rares étaient les badauds.

Il faisait froid.

J'étais là, remarquant que le bourreau et son aide devaient aider la condamnée à marcher vers le gibet où elle serait pendue quelques minutes avant son complice, l'abbé Nail.

C'est qu'on avait appliqué à l'une et à l'autre la question extraordinaire. Les coins de bois, enfoncés à coups de maillet par huit fois, entre les planches serrées autour des jambes, avaient brisé les genoux, les os, et creusé de sanglants sillons dans les chairs.

Mais il n'y avait là rien que l'application de la loi à une criminelle commune qui, avant l'application de la question extraordinaire, avait avoué son crime. Et, sous la torture, elle n'en dit pas plus.

L'abbé Nail fit de même et, après s'être évanoui aux premiers coups de maillet, il répéta, lorsqu'il reprit conscience, qu'il ignorait tout « de quelques entreprises considérables regardant la personne du Roi et la Maison royale ».

Cette phrase énigmatique m'a conduit, Illustrissimes Seigneuries, à relire les copies des documents afin de découvrir le lien entre une demoiselle La Grange, meurtrière d'un vieil amant qui voulait la congédier, et des entreprises « considérables regardant la personne du Roi et la Maison royale ».



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