Certes, La Reynie s'exprime avec prudence, comme si, une fois de plus, il estimait qu'évoquer une menace contre le Roi constituait déjà un acte sacrilège. Mais j'ai découvert que la demoiselle La Grange, emprisonnée, a écrit au ministre Louvois, assurant qu'elle avait des révélations à faire sur des complots et des « entreprises » visant Sa Majesté. Était-ce un moyen de retarder son exécution ? Ou bien suggérait-elle, comme l'avait déjà fait la marquise de Brinvilliers, que des « gens de condition » faisaient commerce de poisons et envisageaient de les utiliser sur la personne du Roi ?

Louvois, en tout cas, écrit à La Reynie :

« L'on ne saurait trop prendre de précautions sur les affaires dont La Grange a parlé. Sa Majesté m'a commandé de vous dire qu'elle s'attend que vous suivrez cette affaire avec application et que vous n'oublierez rien pour l'éclaircir. »

La Reynie indique qu'exécutant les ordres de Sa Majesté, il a interrogé à la Bastille la demoiselle La Grange.

Il l'écoute, se persuade d'abord qu'elle n'est qu'une « devineresse » cherchant par des prophéties, des visions que rien ne vient confirmer et qu'on ne peut prouver, à éviter de subir le châtiment qui l'attend.

Puis, peu à peu, La Reynie découvre des liens avec des faux-monnayeurs – le chevalier Louis de Vanens – qui sont aussi des alchimistes, des suspects, lesquels ont séjourné à Turin peu de temps avant la mort étrange du duc de Savoie.

Vanens était en relation avec un banquier – Cadelan – qui lui avait remis une lettre de change de 200 000 livres tirée sur une banque de Venise.



19 из 63