
J'ai cherché à connaître le nom de cette banque, Illustrissimes Seigneuries, sans pouvoir y parvenir.
Mais la somme était assez importante pour que La Reynie, Louvois et Colbert pensent qu'il s'agissait là de la preuve d'« entreprises considérables ».
Et ce d'autant plus qu'un étrange billet, remis à un jésuite qui le transmit au père La Chaise, confesseur du Roi, semble alors indiquer qu'une femme a tenté de convaincre un homme amoureux d'elle de renoncer à une « entreprise » périlleuse :
« Souvenez-vous de ce prince infortuné que nous vîmes devant la Bastille, lit-on dans ce billet. Cette poudre blanche que vous voulez mettre sur la serviette de qui vous savez, ne peut-elle être reconnue propre à l'effet auquel vous la destinez ? Je vous laisse à juger ce qui en arriverait ! Si vous ne perdez pour toujours un dessein si criminel, vous me perdez pour jamais. J'épouserai votre rival devant vos yeux... Je crains extrêmement que nos lettres ne soient vues et qu'on ne me croie coupable, quoique je sois fort innocente, car à tous les autres crimes il faut être complice pour être puni, mais à celui-ci il ne faut qu'avoir su. »
De fait, la seule connaissance d'un projet de crime de lèse-majesté vaut complicité, et puisque ce crime-là n'admet jamais ni excuse ni pardon, en connaître le projet vaut peine de mort, administrée dans les plus atroces conditions. On se souvenait encore dans tout le royaume de France des supplices infligés au moine Ravaillac, assassin d'Henri IV, de son corps tailladé, du plomb fondu versé dans ses plaies, des chevaux écartelant ses membres.
La Reynie fit donc étudier avec minutie ce billet et des savants en écriture conclurent qu'il avait été écrit par l'abbé Nail. Le prêtre avait habilement déguisé son écriture sans parvenir cependant à la transformer au point de la rendre méconnaissable.
Quel était son but ?
On l'interrogea. Il nia. Mais les présomptions qu'il fût mêlé, avec la demoiselle La Grange, à un complot contre la personne du Roi, se trouvèrent renforcées.
