
Mais je n'étais qu'un jeune ambassadeur croyant encore que la vie d'un royaume se lit tout entière dans les traités qu'il signe et les actions militaires qu'il entreprend.
Je veux aujourd'hui, dans cette Relation particulière, rétablir ce qui se passait aussi dans le royaume du Roi-Soleil.
Il me suffit de suivre et d'éclairer les copies des documents que m'a remises Nicolas Gabriel de La Reynie.
Les lisant, le sens des vagues propos qu'il m'avait tenus se dévoila.
Il m'avait dit qu'il se sentait souvent comme un homme cherchant à dévider une pelote aux nombreux fils embrouillés afin de reconstituer la trame du tissu d'où ils provenaient, et qui, s'il réussissait dans sa tâche, pourrait recomposer les figures que ces fils avaient représentées.
Le premier fil était celui de la marquise de Brinvilliers.
Le second, celui de la demoiselle La Grange et de l'abbé Nail.
Le troisième, celui du chevalier Louis de Vanens.
Le dernier, celui de la devineresse et sorcière la Bosse.
Mais chacun des fils – cela aussi, il me l'avait dit – était en fait une torsade de brins innombrables correspondant chacun à autant de personnages.
Ainsi Louis de Vanens était associé au banquier Cadelan, à un certain Galaup de Chasteuil, alchimiste, aux époux Bachimont, eux aussi impliqués dans la fabrication de poisons et de drogues.
Et cette petite pelote-là était soupçonnée d'avoir empoisonné le duc de Savoie, sans doute selon le procédé consistant à imbiber d'arsenic et autres poudres corrosives une chemise qu'on lui passait au moment où, revenant en sueur de la chasse, il souhaitait se changer.
