Je ne peux confirmer ces faits, mais j'ai vu à la cour, au château de Saint-Germain, ou chez le duc d'Orléans, à Saint-Cloud, le marquis d'Effiat qui n'avait perdu ni sa superbe ni sa bonne humeur. Quant au duc, entouré de ses jeunes courtisans parés comme des filles, il riait à gorge déployée.

Et le doute a persisté.

Le corps de Madame a ainsi été autopsié en présence de l'ambassadeur d'Angleterre, et les médecins n'ont relevé aucune trace de poison.

Mais j'ai reçu les confidences de plusieurs d'entre eux. Ils m'ont assuré qu'il était impossible d'établir la présence de poison dans les organes corrompus ou détruits. À les entendre, le foie, l'estomac, les intestins, les poumons, le coeur même pouvaient aussi bien avoir été gangrenés par une tumeur maligne que par l'une des mixtures qu'alchimistes, sorciers et sorcières, jeteurs de sorts préparent dans les caves de leurs maisons des faubourgs, mêlant arsenic et sulfure, vert-de-gris et huile de vitriol, acide et ciguë, venin de crapaud macéré et poudres d'organes putréfiés.

Je me suis depuis longtemps étonné que ces empoisonneurs, apothicaires, devineresses, astrologues, faux-monnayeurs recherchant le moyen de transmuter le vil plomb en or ou le mercure en argent, soient si nombreux à Paris, dans la capitale de ce royaume qui sert de modèle à la plupart des monarchies et principautés d'Europe.

Lorsque j'ai fait part de ma surprise au lieutenant général de police de Paris, Nicolas Gabriel de La Reynie, il n'a pas nié le fait.

Il avait été révulsé en apprenant que des marquises et des duchesses se rendaient fréquemment chez ces sorcières et ces devineresses, y achetant drogues et philtres, poisons et aphrodisiaques, et se faisant lire leur avenir dans des coeurs de pigeons, ou la main coupée d'un pendu. Certaines pratiquaient même des « messes noires », dites par des prêtres devenus les serviteurs du diable.



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