
On s'y livrait à d'étranges pratiques ; la femme, le corps à demi dénudé mais le visage masqué, servait d'autel dans ces célébrations où l'on priait Dieu et le diable afin qu'ils favorisent les projets de la demanderesse qui voulait se faire aimer d'un homme qu'elle jugeait insensible à ses charmes.
Et Nicolas Gabriel de La Reynie m'avait laissé entendre que cet homme était souvent le Roi.
Parfois – c'est aussi le lieutenant général de police qui m'a rapporté le fait –, on égorgeait un foetus ou un nouveau-né, payé un sol à sa mère, et on se servait de son sang pour des rituels démoniaques.
Les yeux encore remplis de stupeur et même d'effroi, La Reynie m'avait confié que chez la Voisin, la plus connue, la plus monstrueuse de ces sorcières, qui habitait dans le quartier de Bonne-Nouvelle, non loin de la porte Saint-Denis, on avait retrouvé un four dans lequel elle brûlait les corps des foetus et des nouveau-nés.
Elle avait avoué – mais sans doute l'ivresse ce jour-là l'avait-elle poussée à exagérer – qu'elle avait ainsi jeté aux flammes ou enterré dans son jardin plus de deux mille cinq cents foetus. Car elle était maîtresse en avortement, comme toutes ces sorcières « faiseuses d'anges ».
Averti des pratiques auxquelles se livraient certaines de ses proches et peut-être à ses dépens, le Roi avait décidé dès le mois de mars 1679 de créer une Chambre ardente. Elle prononça trente-six condamnations à mort, dont celle de la Voisin.
Nicolas Gabriel de La Reynie, que je rencontrais régulièrement, me confiait que, malgré ces exécutions et les ordonnances qu'il avait prises afin de contrôler l'élaboration, la vente et l'usage des drogues, il craignait qu'on ne continuât d'user, dans l'entourage même du Roi, de ces « poudres de succession » qui hâtaient la mort des pères, des maris ou des épouses afin d'hériter plus vite de leurs biens et de leurs rentes, parfois aussi de leurs maîtresses ou amants.
Le temps a passé depuis la création de cette Chambre ardente.
