En détruisant ces pièces, Louis XIV a voulu effacer toutes traces de ces affaires de poisons qui ont terni et corrodé plusieurs années de son règne.

Celui-ci n'est pas achevé. On dit le corps du Roi rongé par la maladie. Mais son énergie et sa volonté de survivre sont grandes et ceux qui, comme moi, l'ont vu recevoir à la Cour, dans la galerie des glaces de Versailles, les ambassadeurs savent que son esprit gouverne à sa chair et qu'il régnera en souverain absolu autant que Dieu le lui permettra.

Voilà pourquoi, Illustrissimes Seigneuries, je crois utile de vous envoyer cette Relation particulière écrite à partir des copies des pièces que Nicolas Gabriel de La Reynie avait fait établir à l'insu du Roi.

Je suis en possession de ces copies, et je le dois à l'amitié que me portait le lieutenant général de police, lequel me savait capable de n'en user qu'après sa mort, et avec discrétion.

Le courrier qui vous remettra ma Relation particulière empruntera pour se rendre à Venise des chemins détournés. La cour de France entretient en effet une nuée d'espions, laquais, gentilshommes, argousins, prêtres chargés de rapporter tout ce qui se dit et se trame à Versailles et à Paris.

Les ambassadeurs n'échappent pas à cette surveillance et leurs lettres sont souvent décachetées sans vergogne – et même sans précaution ou volonté de le dissimuler – par le « Cabinet noir » qui rend compte chaque jour au Roi de la teneur des correspondances saisies.

Je ne pouvais prendre le risque de voir cette Relation particulière violée par les hommes du Cabinet noir et portée à la connaissance de Sa Majesté.

Le courrier auquel je la confie est homme de confiance et d'expérience.

Après avoir lu cette Relation particulière, vos Illustrissimes Seigneuries découvriront quelques-uns des secrets les plus enfouis du règne de Sa Majesté Louis XIV. Ces faits ont pesé et pèseront sur le destin de la monarchie française.



6 из 63