Et Vos Illustrissimes Seigneuries savent que j'ai tenu le Doge et les membres du Conseil de la Sérénissime République informés du déroulement des enquêtes, de la nature des rumeurs qui, durant plusieurs années, ont répandu leurs mortelles effluves sur toute la Cour et, j'ose le dire, jusque dans la chambre même du Roi.

Mais le témoin principal de ces faits, Nicolas Gabriel de La Reynie, est mort le 14 juin 1709 il y a un mois jour pour jour.

Et le décès de cet homme probe est venu confirmer que cette année 1709 est, jusqu'à aujourd'hui, pour le royaume de France, le temps du malheur.

L'hiver a été terrible. La disette, la famine, les épidémies se sont ajoutées à un froid glacial qui a par endroits fait geler la Seine.

Des émeutes ont secoué les villes et les campagnes. Sur les frontières, les armées royales, vous l'avez su, ont été défaites par les troupes anglaises et impériales.

« Le ciel est d'airain pour le Royaume affligé ; la misère, la pauvreté, la désolation, la mort marchent partout devant nous », a déclaré le prédicateur Massillon dans l'un de ses sermons. Deux jours avant la mort de La Reynie, le Roi avait adressé aux gouverneurs et aux évêques une lettre qui devait être lue dans toutes les paroisses. Que l'orgueilleux monarque veuille expliquer ses choix, les justifier, donne la mesure de la gravité de la situation !

J'ai appris aujourd'hui qu'en présence de Mme de Maintenon – cette dévote qu'il a épousée – et du chancelier de France, le comte de Pontchartrain, le vieux Roi (il vient de franchir sa soixante et dixième année) a, de sa propre main, jeté hier au feu toutes les pièces des enquêtes en empoisonnement conduites par Nicolas Gabriel de La Reynie et que, sur son ordre, la Chambre ardente n'avait pas eu à connaître, tant elles étaient compromettantes pour des proches de Sa Majesté.



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