
Sylvain se tamponna le front du platde la main.
— Je… je peux pas… T’es malade ! T’es un vrai malade !
— Allez ! Aide-moi à le transporter ! Pense à ta femme, tafille ! Elles t’attendent ! Tu peux encore les rejoindre en hommelibre ! Après, il sera trop tard !
Visions d’horreurs pour Sylvain. Deshommes en combinaison verte, enchaînés les uns aux autres. Des cours avec desmiradors. Des chairs humides sous la douche.
Non ! Stopper le cauchemar, auplus vite. Disparaître dans les brumes d’asphalte.
— Je… je veux bien te suivre mais… mes mains… ne se tacheront pas de sonsang… On le laisse ici…
— Ah oui ! Nos empreintessur ses vêtements, t’en fais quoi ? Et les éclats de phare, les traces depneus ? On l’abandonne ici et demain, tous les flics du coin débarquent.Avec leurs techniques de recherche, il suffit que tu paumes un cheveu, unegoutte de sueur, pour qu’ils aient ton profil génétique ! Pas de corps,pas d’enquête. Il suffit de le balancer dans les marais de Saint-Omer !
Sylvain s’en prit cette fois auxboucles de sa chevelure foncée. Tout tournait. Une toupie dans unecentrifugeuse.
— Quarante bornes avec un type refroidi dans le coffre ! Mais arrêteton délire ! Il y a de l’eau partout ici ! Il suffit de le balancerdans… dans le bassin maritime !
— Non ! Faut limiter les risques. Si sa disparition est signalée,des plongeurs vont draguer les environs. Ils le retrouvent et on estcuits ! Écoute, cette route, on se l’est avalée des milliers de fois. Onn’a jamais vu un flic après dix-neuf heures. On passe par les départementales,dans les bleds paumés. On se débarrasse de ce… bandit et l’argent nousappartient ! Imagine ! Imagine notre avenir avec une fortunepareille ! C’est la providence divine ! Une chance inespérée !Finis les entretiens, les factures, les serrages de ceinture ! Pense àça !
