— On n’y voit que dalle. J’ai les boules ! Tu es sûr que…

— On a fait le plus dur ! Allez, on y va.

La torche éventra les épaisseursd’aulnes et d’herbes sauvages. Sylvain tenait le cadavre par les chevilles,Vigo par les poignets. La jambe gauche flottait sans gêne dans la charpenterefroidie, comme heureuse d’être enfin libre.

Un Barbapapa, songea Sylvain. Dis-toi que tu transportes un Barbapapa…

— Ses muscles sont déjà tout durs, dit-il finalement dans l’unique but derompre le silence.

— La rigidité cadavérique qui commence. Il aura bientôt la souplesse dupantin et la dureté de son bois…

— Je… Je n’arrive pas à me débarrasser de son regard. Quand je l’airetourné, ses yeux ont plongé dans les miens. J’y ai vu la Mort. Je sais à quoielle ressemble maintenant. J’ai peur de ne plus jamais dormir tranquille.

— N’oublie pas qu’il s’agissait d’un accident, un concours decirconstances qui fait que… On… Comment agir autrement ? T’imagines unflic appeler ta femme, lui signaler que tu viens d’écraser un type ? Quetu ne rentreras plus jamais chez toi ?

— Non…

Un marécage déploya sa gueuleputride.

— Je peux m’en occuper seul, confia Vigo. Tu n’es pas obligé…

— Je reste… Je veux m’assurer qu’il emporte notre secret…

Rien ne respirait ici, ni la flore,ni la faune. L’asphyxie des choses mortes.

— On devrait fouiller son portefeuille… vérifier son identité… Il mériteau moins ça…

Vigo plongea une main sous leblouson du macchabée.

— À quoi bon ? Pas de nom, pas d’identité. Un fardeau de moins àsupporter. Un visage vide s’efface plus facilement de la mémoire qu’un nom… Jegarde ses papiers pour les brûler en rentrant chez moi… Remplis le bidon d’eau…



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