Une rivière blonde coulait sous descouvertures dans le clic-clac du salon. Nathalie somnolait en position fœtale,réflexe inné d’un corps en quête de chaleur. Sylvain éteignit le téléviseur,frôla son épouse du bout des doigts, avant de disparaître dans la chambred’Éloïse. Le bébé dormait, la frimousse éclairée par l’incandescence feutréed’un chauffage d’appoint.

Des pans d’inquiétudeobscurcissaient le visage du jeune papa. Désormais, ce bonheur pouvaits’arrêter à tout moment. Un jour, demain peut-être, les uniformesdébarqueraient, le braqueraient, lui écraseraient un revolver sur la tempe. Onl’enlèverait à ses chéries pour une éternité de repentir.

*

L’âme souterraine du Monstrebouillonnait de tensions contradictoires, de courants incompréhensibles. Uncataclysme avait bouleversé son organisme jusqu’à le soulever de terre, leporter sur des oasis célestes. Il se sentait bien, trop bien. Mieux que jamais.Comme si une bulle venait de crever à la surface après une interminableremontée des fonds abyssaux.

Il pila devant un feu tricolore,obnubilé par la petite gorge battante, ses doigts qui arrachent la vie, ledernier murmure.

Sous la lueur du feu rouge, ilconsidéra ses mains, leurs phalanges tourmentées, presque brûlées jusqu’à l’os.Les pensées récurrentes l’assaillirent. La douleur des acides, qui leviolentait chaque soir… Le crissement de la scie électrique sur les chairs…Puis les oiseaux qui essaient de fuir, encore et toujours… Le singe blotti enhaut d’un arbre, pétrifié… La louve menaçante, le museau braqué au ciel…

Un quotidien si difficile à porter,à vivre, à subir…

La Bête secoua la tête. Le feu passaà nouveau à l’orange, puis au rouge. Dans le rétroviseur, personne. La villedormait. Au vert, elle démarra prudemment, prit une départementale et quitta lacité métallique.

À présent, elle ne pensait plus qu’àune chose : recommencer…

*

— C’est la chaudière chéri, souffla Nathalie Coutteure, à moitiéendormie. Panne définitive cette fois, et il faut que ça arrive quand lestempératures chutent. Quelle poisse ! j’ai l’impression de vivre dans uncongélateur !



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