— Et le magot ?

— Je le garde chez moi, au grenier. Aucun ris…

— Pas question ! Pourquoi je ne le garderais pas, moi ?

— Pour que ta femme tombe dessus ? Moi je suis célibataire !Personne ne viendra fourrer son nez dans mon grenier !

— Dans ce cas, on ne le cachera ni chez toi, ni chez moi. J’ai déjà mapetite idée… Et ce fric, je veux le compter avec toi…

— La confiance règne ! À t’entendre, on dirait qu’on se connaîtdepuis hier !

— Ce n’est pas la question, mais… Je ne voudrais pas avoir fait tout çapour rien… Ce type dans les marécages…

Il agita ses doigts comme pour palperl’air.

— On doit tout faire disparaître si ça tourne au vinaigre. Promets-moique si les flics se branchent sur le coup, on brûle ces billets. Je te garantisque je le ferai, avec ou sans ton accord !

Vigo se força à garder un tonconvaincant.

— Je te le jure. À la moindre entourloupe, on efface les preuves. Mais onne rencontrera pas de problèmes. Tout était trop… parfait…

— Comment tu peux dire une chose pareille ?

— Mais ! Parce que rien n’était prémédité ! Pas de mobile,aucun témoin ! Même pas de corps !

Vigo empoigna le bras gauche deSylvain.

— Tu ne peux pas savoir à quel point j’en ai rêvé ! Le fric quitombe du ciel ! Pourquoi j’avais la certitude que ça se passerait un jour,hein ? Pourquoi ? Bientôt, on ne sera plus les esclaves depersonne !

Dans la tête de Sylvain, touts’embrouillait. Un mot, un simple mot, traversait régulièrement son esprit.

Criminels.

5.

Trois heures du matin. Une lueurdiffuse dans le séjour de la fermette. Les parasites chevrotants d’un tubecathodique usé, l’engourdissement d’un monde de songes. Et le givre accroché àchaque expiration.

Chaudière en panne… Sylvain semordit l’intérieur des joues.



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