
Sylvain lui agrippa le poignet et lacontraignit à faire volte-face. L’envie de la traîner chez Vigo, de laconfronter à l’opium vert, lui brûlait la gorge.
— Tu dois me faire confiance ! Avec Vigo, on a consulté des sitessur l’emploi. Le marché de l’informatique repart, des postes se créent surLille, les entretiens d’embauche vont se multiplier. Ne préviens pas tesparents, OK ? On va rallumer le poêle à charbon, le temps que je règlel’affaire.
— Il est HS ! Le tuyau d’évacuation est déchiré ! C’est bientrop dangereux ! Et puis, ça change quoi ? Tu mets de la pommade surune jambe de bois ! On ne résout pas les problèmes comme ça !
— Écoute, demain soir c’est le réveillon et l’anniversaire de notrepetite fille… Rien ni personne ne viendra gâcher une fête pareille ! Pascette fois !
Nathalie se réfugia dans les bras deson homme. Trouver une solution ? Laquelle ? Voilà deux ans qu’ilsavaient arraché le prêt de justesse pour se payer la flamande de leurs rêves,en proche campagne de Lens. Le grand jardin, les dépendances, le tournis desvolumes intérieurs. À l’époque, la bulle internet avait porté lesinformaticiens au rang de demi-dieux. Elle voyait encore Sylvain, cravate entreles doigts, dans les bureaux de la banque. Prendre une assurancechômage ? Vous m’avez bien regardé ? L’informatique contrôle vosordinateurs, ferme et ouvre vos coffres. Et ça ne fait que commencer. Si noussommes au chômage, la Terre s’arrête de tourner !
Mais une bulle finit toujours paréclater. Aujourd’hui, une start-up fermait chaque heure dans le monde. Lesgrands groupes industriels, à la chasse aux pertes, s’allégeaient de leursagences régionales, regroupant les activités sur Paris. Air Littoral, Alcatel,France Télécom… Les Taïwanais qui fabriquaient hier les vêtements concevaientaujourd’hui les programmes informatiques à moindre coût.
