
Que restait-il à présent ? Desmensualités de mille quatre cents euros à rembourser. Les deux tiers de leursrevenus. Soixante-six pour cent d’endettement.
Sylvain réprima un sanglot. Un ventrugissant balayait toutes ses convictions, son honnêteté, l’ensemble desqualités qui l’avaient formaté en un mouton de la société.
Terminée la vie par procuration.
Peu importait ce qu’il venait defaire. Seul l’argent comptait.
Le sommeil n’emporta pas Sylvain,cette nuit-là. Des rêves à la saveur du réel trottaient dans sa tête. Des mersturquoise, des soleils rouges, des sables blancs.
Dans quelques jours, le velours desbillets embaumerait le cadavre et diluerait son visage. La cicatrice serefermerait comme elle s’était ouverte.
Il en avait la certitude…
*
Attentif au moindre battement delumière, le Monstre s’engagea sur l’océan campagnard avant de disparaître sousdes frondaisons menaçantes.
Une forêt, épaisse et infinimentnoire.
Il comprenait tout juste ce quivenait de se produire au cœur de la zone industrielle. Une surtensiond’événements qui allait changer le cours de son existence, crever l’abcès quipourrissait depuis des années au fond de son cerveau.
Toute cette douleur, cette haine,cette souffrance. Cette passion inaccessible.
Les deux types à la 306 n’avaientété que le catalyseur d’une évidence inconsciente.
Un cri d’instinct et de joie mêlésclaqua dans l’habitacle.
La Bête ne songeait plus à larançon, même si elle comptait la récupérer rapidement. Ses valeurs s’étaientbrusquement renversées. Elle saisissait soudainement la véritable raison quil’avait poussée à accomplir la tâche finale.
Pas l’argent. Pas la soumission. Pasl’amour.
L’impensable.
