
Son front, ses membres, marbrés debleus, luisaient de sueur. Pas un murmure d’air. Oxygène brûlant. Températurescaniculaires même ici, dans le poumon lugubre de la forêt. À chaqueinspiration, l’impression d’inhaler des lames de rasoir. Quand le calvairecesserait-il ?
La fillette terrorisée serra sapeluche, un singe miniature, avant de regrouper ses pieds sur la moquette,prête à courir. Un craquement d’escaliers brisa son élan. Ça y est. Son tourarrivait.
Elle se rua sur la porte, tourna leverrou, plongea sur le matelas pour étreindre son trésor de chair.
Ils ne te prendront pas, je te lepromets. Jamais !
Des coups éprouvèrent le vieux bois.Si violents que la petite rentra la tête entre les épaules, recroquevillée aupossible. Sa vessie creva, diluant une chaleur d’or entre ses cuisses.
L’homme en uniforme maîtrisa dejustesse son estomac quand il affronta les odeurs de putréfaction pour souleverles draps. Les deux seuls mots qui se suspendirent à ses lèvres furent :
— Seigneur Dieu !
1.
DIX-SEPT ANS PLUS TARD
— Donne-moi encore unebombe !
Vigo sortit avec précaution l’enginde son sac de sport.
— C’est la dernière. Dépêche-toi ! Je meurs de froid !
Sylvain contourna l’aile ouest deVignys Industries. Un mélange de plaisir malsain et de haine fermentée portaitson corps à ébullition. Au cœur de la nuit, l’heure de régler les comptes avaitsonné.
Son pouce engourdi pressa levaporisateur de peinture. Les insultes jaillirent. Vigo le rejoignit aprèsquelques minutes.
— Alors ? Tu as terminé ?
— Oui. Ces abrutis n’échapperont pas à une bonne séance de nettoyage.Propos bas de gamme et bassesses syndicalistes, selon tes instructions.
— Parfait ! Dire que l’intérieur regorge d’alarmes, mais qu’ilsuffit de franchir une barrière minable pour toucher l’image de la société enplein cœur !
