
— Ils doivent payer ! « On va veiller à votre réinsertionprofessionnelle. » Les salauds ! Ça fait six mois qu’on s’enlise dansle chômage !
Vigo admira une dernière fois leurœuvre sous l’œil de sa lampe torche. Les locaux commerciaux d’une aciérietaggués façon arrêt de bus. Une déchirure morale pour les grisonnants auxdoigts manucurés et aux salaires à six chiffres.
Sa poitrine se figea quand lefaisceau accrocha l’issue de secours.
— Boidin t’es un homme mort !Sylvain ! T’aurais dû signer tant qu’à faire ! Tu t’en prends audirecteur informatique de l’agence ! Tu vas porter directement lessoupçons sur nous !
— Attends, on habite à quatre-vingt-dix bornes de Dunkerque ! Avectoutes les personnes virées, ils vont…
— Efface ça, et vite !
— T’es vraiment parano ! J’ai plus de peinture !
— Pousse-toi !
Des fonds de bombes suffirent àdissimuler les propos compromettants.
— Réparé ! souffla Vigo. Trop en colère pour te retenir ?
— Je hais ce type ! Si je pouvais lui faire avaler sa cravate, jem’en priverais pas ! J’en ai marre des entretiens. À chaque fois, c’estune vingtaine de requins qui se bousculent pour un seul poste ! Ça collejamais !
— On connaîtra des jours meilleurs, mais en attendant, il faut subir.Allez ! On disparaît !
Ils escaladèrent la grille d’entréeen un souffle. Dans l’habitacle de la 306, Vigo décapsula deux canettes debière.
— C’est triste d’en arriver là, mais bon, trinquons à ce semblant devictoire…
Un silence tranchant les confinadans les souvenirs amers. Licenciés pour raisons économiques, avec un minimumd’indemnités. Livrés aux mâchoires carnassières d’un monde sans couleur. Noëls’annonçait terne cette année, avec ses bagues en toc et ses imitations decigares. Faute de grives…
