Une masse sombre, immobile, émergeadans la lueur des feux arrière.

— Va… va voir ! s’écria Vigo.

— Faut… faut appeler une ambulance ! Les secours !

— Va voir d’abord ! Dépêche-toi, bordel !

Sylvain obtempéra. Les éoliennesgémissaient comme autant de moteurs, le vent du nord projetait ses aiguilles deglace. Au loin, sur le bitume, la forme molle se précisait. Un homme… serrédans des vêtements noirs… le crâne luisant sous la langue rouge des feux.

Les lèvres pincées, Sylvain basculale corps sur le dos. Rien ne différenciait le visage inconnu d’une coulée de lave.Ses yeux fixaient le néant, les jambes décrivaient des angles impossibles.

— Vi… Vigo ! Viens ! Je crois que ce… ce type est… mort !Il est mort putain !

Vigo coupa les phares –ahurissant comme l’instinct fixe ses priorités –, s’empara de sa lampe torcheet se jeta sur l’asphalte. Index et majeur s’élancèrent à la recherche d’unbattement, d’une onde de vie sur la gorge immobile.

— Merde ! C’est… c’est pas possible !

— Vigo… Faut… les flics…

Vigo palpa la carotide, le poignet,plaqua une oreille sur la poitrine. Aucun son, hormis ceux surgis de sonimagination : sirènes hurlantes et cliquetis de menottes.

D’un coup, il se releva. Autour, deséoliennes folles, un entrepôt abandonné. Par-delà, ténèbres figées, poinçonnéesde pustules phosphorescentes. L’anonymat de la nuit. L’absence de témoins. Lasimplicité d’un coup d’accélérateur pour distiller le cauchemar.

— Attends ! Il faut envisager toutes les possibilités !

— Quelles possibilités ? Ce type est raide ! On doit prévenirla police ! Donne ton portable !

Vigo s’approcha d’un sac de sport, àdeux mètres du pantin. Ses mots moururent sur le bord de ses lèvres lorsqu’ilécarta les flancs de nylon.

Des billets. Des montagnes debillets.

Cette fois, plus d’hésitation. Ordredu cerveau, neurotransmission, influx propagé jusqu’aux quatre milleterminaisons nerveuses du pouce. Contraction musculaire. Bouton pressé. Torchequi s’éteint.



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