
Mélodie puisa dans la chaleur de soncorps la force de ne pas hurler. Ses doigts, ses bras, ses jambess’engourdissaient, léchés par la glace. Ses dents claquaient, sa chair devenaitpierre. Pourquoi la Bête lui avait-elle ôté son blouson ? Elle ordonna àses cordes vocales de vibrer, de supplier une couverture, un nid de plumes aucreux duquel elle pourrait s’enfouir. Mais même là, en elle, le désordres’installait. Son organisme ne lui obéissait plus.
Elle entendit un petit déclic aubord de son oreille, puis sentit une violence de givre lui caresser la joue. LeMonstre acérait ses griffes d’acier.
Elle sut à ce moment que tout allaitse terminer.
Des hurlements de pneus surgis del’extérieur éloignèrent soudain la Bête, qui fit vibrer la vitre d’une fenêtrelorsqu’elle y plaqua son front.
De l’agitation, dehors. Peut-êtrepapa arrivait-il enfin…
3.
La 306 stoppa sa course dans unedéchirure de gomme.
— Bon Dieu Vigo ! C’était quoi ?
Vigo ne répondit pas immédiatement,liquéfié sous sa parka. D’une main tremblante, il réveilla les phares et fixason rétroviseur.
— Je… j’en sais rien ! Onaurait dit… un animal !
Sylvain Coutteure l’empoignafermement.
— Non ! Pas un animal ! Ça… ça a tamponné le phare, le capot,le pare-brise ! Une bête… aurait été expulsée vers l’avant ou écrabouillée !Fais… fais marche arrière !
Vigo contracta les mâchoires. Lesréactions vitales de son organisme – suées, gorge sèche, poils hérissés etglandes hyperactives – hurlaient avec une certitude chimique ce que sonesprit n’osait admettre : ils avaient percuté une forme longiligne, unpaquet de chair bourré d’organes, une banque du sang. Ils avaient défoncé lacarcasse moelleuse d’un être humain, en pleine nuit, dans un désert de palesbourdonnantes.
