Comme Mr Million ne voulait pas utiliser les petites rues après la tombée de la nuit, nous arrivions par la grande porte en même temps que les hommes aux cheveux blancs et leurs fils et neveux. Il y avait là un jardin, guère plus grand qu’une petite pièce et enfoncé dans la façade aveugle de la maison. Il contenait de petits lits de fougères de la taille d’une tombe et un petit jet d’eau qui retombait sur des baguettes de verre dans un tintement cristallin continuel, et qu’il fallait protéger des gamins de la rue. Il y avait aussi, le socle solidement planté et presque enterré dans la mousse, la statue de fer d’un chien à trois têtes.

C’est cette statue, je suppose, qui avait donné à notre maison son nom populaire de Maison du Chien, bien qu’il y ait sans doute aussi une référence à notre patronyme. Les trois têtes étaient fines et puissantes, avec un museau et des oreilles en pointe. L’une d’elles était menaçante et une autre, celle du centre, paraissait contempler le monde du jardin et de la rue avec un intérêt tolérant. La troisième, la plus proche du sentier dallé qui conduisait à notre porte, était — il n’y a pas d’autre terme — franchement sardonique. Et c’était la coutume parmi les clients de mon père de toucher cette tête entre les oreilles en remontant l’allée. Le contact d’innombrables doigts avait donné à cet endroit la consistance et l’aspect du verre noir.


Tel était donc mon univers lorsque j’étais âgé de sept des longues années de notre monde. Je passais la plus grande partie de mes journées dans la petite classe sur laquelle veillait Mr Million, et mes soirées dans le dortoir où David et moi jouions et nous disputions dans un silence total.



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