
ANTIPHOLUS.-Gardez votre souffle, monsieur, et répondez à ceci, je vous prie: où avez-vous laissé l'argent que je vous ai remis?
DROMIO.-Oh!-Quoi? les six sous que j'ai eus mercredi dernier, pour payer au sellier la croupière de ma maîtresse?-C'est le sellier qui les a eus, monsieur; je ne les ai pas gardés.
ANTIPHOLUS.-Je ne suis pas en ce moment d'humeur à plaisanter: dis-moi, et sans tergiverser, où est l'argent? Nous sommes étrangers ici; comment oses-tu te fier à d'autres qu'à toi, pour garder une si grosse somme?
DROMIO.-Je vous en prie, monsieur, plaisantez quand vous serez assis à table pour dîner: j'accours en poste vous chercher de la part de ma maîtresse: si je retourne sans vous, je serai un vrai poteau de boutique 2: car elle m'écrira votre faute sur le museau.-Il me semble que votre estomac devrait, comme le mien, vous tenir lieu d'horloge, et vous rappeler au logis, sans autre messager.
Niote 2:
ANTIPHOLUS.-Allons, allons, Dromio, ces plaisanteries sont hors de raison. Garde-les pour une heure plus gaie que celle-ci: où est l'or que j'ai confié à ta garde?
DROMIO.-A moi, monsieur? mais vous ne m'avez point donné d'or!
ANTIPHOLUS.-Allons, monsieur le coquin, laissez-là vos folies, et dites-moi comment vous avez disposé de ce dont je vous ai chargé?
DROMIO.-Tout ce dont je suis chargé, monsieur, c'est de vous ramener du marché chez vous, au Phénix, pour dîner: ma maîtresse et sa soeur vous attendent.
ANTIPHOLUS.-Aussi vrai que je suis un chrétien, veux-tu me répondre et me dire en quel lieu de sûreté tu as déposé mon argent, ou je vais briser ta tête folle, qui s'obstine au badinage, quand je n'y suis pas disposé, où sont les mille marcs, que tu as reçus de moi?
DROMIO.-J'ai reçu de vous quelques marques
