
Niote 7:
LUCIANA.-Qui a dit cela?
DROMIO.-C'est mon maître qui l'a dit. Je ne connais, dit-il, ni maison, ni femme, ni maîtresse.-En sorte que, grâce à lui, je vous rapporte sur mes épaules le message dont ma langue devait naturellement être chargée; car, pour conclure, il m'a battu sur la place.
ADRIANA.-Retourne vers lui, misérable, et ramène-le au logis.
DROMIO.-Oui, retourne vers lui, pour te faire renvoyer encore au logis avec des coups! Au nom de Dieu! envoyez-y quelque autre messager.
ADRIANA.-Retourne, esclave, ou je vais te fendre la tête en quatre 8.
Niote 8:
DROMIO.-Et lui bénira cette croix avec d'autres coups; entre vous deux j'aurai une tête bien sainte.
ADRIANA.-Va-t'en, rustre babillard; ramène ton maître à la maison.
DROMIO.-Suis-je aussi rond avec vous que vous l'êtes avec moi, pour que vous me repoussiez comme une balle de paume? Vous me repoussez vers lui et lui me repoussera de nouveau vers vous. Si je continue longtemps ce service, vous ferez bien de me recouvrir de cuir 9.
(Il sort.)
Niote 9:
LUCIANA.-Fi! comme l'impatience rembrunit votre visage!
ADRIANA.-Il faut donc qu'il gratifie de sa compagnie ses favorites, tandis que moi je languis au logis après un sourire. Le temps importun a-t-il ravi la beauté séduisante de mon pauvre visage? Alors, c'est lui qui l'a flétri. Ma conversation est-elle ennuyeuse, mon esprit stérile? Si je n'ai plus une conversation vive et piquante, c'est sa dureté pire que celle du marbre qui l'a émoussée.
