
DROMIO.-Oui, en effet, je suis un âne; vous pouvez le prouver par mes longues oreilles.-Je l'ai servi depuis l'heure de ma naissance jusqu'à cet instant, et je n'ai jamais rien reçu de lui pour mes services que des coups. Quand j'ai froid, il me réchauffe avec des coups; quand j'ai chaud, il me rafraîchit avec des coups; c'est avec des coups qu'il m'éveille quand je suis endormi, qu'il me fait lever quand je suis assis, qu'il me chasse quand je sors de la maison, qu'il m'accueille chez lui à mon retour. Enfin je porte ses coups sur mes épaules comme une mendiante porte ses marmots sur son dos; et je crois que quand il m'aura estropié, il me faudra aller mendier avec cela de porte en porte.
(Entrent Adriana, Luciana, la courtisane, Pinch et autres.)
ANTIPHOLUS.-Allons, suivez-moi, voilà ma femme qui vient là-bas.
DROMIO.-Maîtresse, respice finem, respectez votre fin, ou plutôt, comme disait le perroquet, prenez garde à la corde 30.
Niote 30:
ANTIPHOLUS, battant Dromio.-Veux-tu toujours parler?
LA COURTISANE, à Adriana.-Eh bien! qu'en pensez-vous à présent? Est-ce que votre mari n'est pas fou?
ADRIANA.-Son incivilité me le prouve assez.-Bon docteur Pinch, vous savez exorciser; rétablissez-le dans son bon sens, et je vous donnerai tout ce que vous demanderez.
LUCIANA.-Hélas! comme ses regards sont étincelants et furieux!
LA COURTISANE.-Voyez comme il frémit dans son transport!
PINCH.-Donnez-moi votre main, que je tâte votre pouls.
ANTIPHOLUS.-Tenez, voilà ma main, et que votre oreille la tâte.
PINCH.-Je t'adjure, Satan, qui es logé dans cet homme, de céder possession à mes saintes prières, et de te replonger sur-le-champ dans tes abîmes ténébreux; je t'adjure par tous les saints du ciel.
ANTIPHOLUS.-Tais-toi, sorcier radoteur, tais-toi; je ne suis pas fou.
